Les motifs syncopés de guitare, la pulse du shékéré, cette calebasse évidée entourée de perles, et les rondeurs de la basse donnent le ton avant que les cuivres n’entrent dans la danse sur Think Afrika, premier des sept titres de ce Many Things. « Bon sang ne saurait mentir », comme disent les anciens.
Seun Kuti (prononcez shéhoun) est le dernier des trois fils officiels de Fela Anikulapo Ransome Kuti, né de son union avec Fehintola, une danseuse-choriste d’Egypt 80 décédée l’an passé. Tout juste âgé de 25 ans, Seun Fela débarque avec un redoutable premier album produit par Martin Meissonnier, l’ami et producteur de son père. Enregistré à Lagos en octobre 2006 avec l’Egypt 80, la mythique formation de l’illustre paternel et « godfather of Afrobeat », et mixé en France en août 2007, ce Many things a été précédé de quelques retentissantes tournées et d’un maxi vinyle. Au dos du digipack, l’illustration est un montage hyperréaliste du Continent Premier en flammes. Le propos est explicite : l’Afrique en flammes ! « Bon sang ne saurait mentir », répètent les anciens.
Véritables brûlots rodés sur scène, 6 de ces 7 titres militent, revendiquent, contestent et assènent quelques vérités toujours bonnes à entendre, décochant autant de flèches au verbe-venin (Think Africa, Many Things, …) en direction des traites de son continent, des as de la corruption, des petites magouille et des grands trafics. « Bon sang ne saurait… ».
« Fire Dance » éclaire d’une lumière tamisée l’idée d’Afrique en feu. Chaleur, chaleur… Mais au-delà de ce jeu des 7 ressemblances où le valeureux rejeton réussit un sans-faute tant sur scène que sur disque, Seun imprime une marque personnelle faite de respect et d’audace musicale. « Bon sang, bon son ».
Ce Many Things ne se contente pas de satisfaire les exigences d’un cahier des charges scrupuleux, il donne des pistes pour demain. Visionnaire. «Bon… », réellement bon, ce premier réquisitoire renoue avec la parole des anciens tout en laissant s’exprimer la fougue du jeune Seun Kuti!